Pôle de Connaissances pour l'Agriculture Biologique et Agroécologie en Afrique Centrale

Cameroun : Le révérend Nlend cultive le cacao d’avenir sans produits chimiques

Inspiré par sa femme et formé lors d’un séminaire, le Révérend Nlend Nlend a opéré sa mue agroécologique. Si la transition demande de ‘’l’huile de coude’’, il ne doute plus : ses plants grandissent sans problèmes.  Il partage désormais sa passion avec tout son village.

Le village de Ngock-Ba dans la région du Centre-Cameroun, est un lieu d’une modestie apparente. Quelques cases longent une route de terre et derrière elles, s’étend une cacaoyère. C’est dans ce décor que le Révérend Nlend Nlend opère sa révolution. Ce lieu est plus qu’une simple plantation ; c’est son laboratoire à ciel ouvert, sa terre d’expérimentation, son refuge.

Marié et père de deux enfants, il a fait de sa quête un projet familial. Ses enfants ne participent pas seulement aux travaux des champs pendant leurs vacances, bien plus, ils aident chaque week-end pendant les classes, à un autre projet : celui de la transformation de leurs fèves en beurre de cacao et autres dérivés. Ce qui illustre une vision qui va au-delà de la simple production agricole.

Une révolution au naturel

Pour le Révérend Nlend Nlend, l’agroécologie est bien plus qu’une technique agricole: c’est un mode de vie et une philosophie. Il la définit comme une pratique qui s’appuie sur des ressources naturelles et qui permet de dépenser moins tout en protégeant la terre.

Le déclic, il l’a eu grâce à sa femme qui a suivi la première une formation en la matière. C’est après ce partage et un séminaire qu’il a lui-même suivi qu’il a décidé de se lancer. Il n’a pas eu de doute sur son choix, car, selon lui, « avant de faire quelque chose il y a le choix. Et le choix te détermine à aller jusqu’au fond ». Cette conviction est le moteur de sa transition, qui, bien que difficile, ne le fait pas vaciller.

Les premières actions ont été concrètes et modestes : il a défriché sa pépinière et a commencé à suivre les principes de l’agroécologie. Son terrain d’expérimentation est un quart d’hectare, un choix délibéré pour s’assurer de la réussite de sa transition avant d’envisager une extension. C’est un test à petite échelle qui vise à prouver la faisabilité et la durabilité du modèle. Les pratiques qu’il emploie sont simples et efficaces : il utilise des herbes naturelles (tithonia ou fleur jalousie) et autres plantes, fidèle à sa conviction qu’il est possible de travailler sans dépenser des fortunes.

La sélection des semences est également cruciale. Il a opté pour l’ancien cacao, plus résistant, qu’il sait « durable », par opposition à une variété hybride qui, selon lui, « meurt facilement » dans sa région.

Vision et ambition

La vision du Révérend Nlend Nlend ne s’arrête pas à la production. Il envisage de commercialiser son cacao agroécologique en le transformant sur place. Beurre de cacao, chocolat, beignets, savon : une gamme de produits qu’il souhaite vendre, mais aussi consommer. Pour lui, il est crucial de manger ce que l’on produit car « comment tu peux travailler quelque chose que tu ne consommes pas ? ». Cette question, à la fois philosophique et pratique, met en lumière une ambition de maîtrise de toute la chaîne de valeur, de la terre à l’assiette.

Cette ambition ne manque pas de surprendre ses proches et voisins. Lorsqu’il est revenu au village, on l’a questionné sur cette « nouvelle culture » et son potentiel de réussite. À cela, il a répondu avec confiance : « moi je vous invite parce que j’ai fait la formation et ça va réussir ». C’est une invitation à la fois à l’observation et à l’apprentissage. Il est d’ailleurs prêt à accompagner ceux qui, autour de lui, veulent se lancer.

La journée de partage d’expérience qu’il a organisée en août 2025 avec l’appui du Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement (SAILD) Cameroun, dans le cadre du Pôle de Connaissances pour l’Agriculture Biologique et l’Agroécologie en Afrique Centrale (PCAC) au sein du projet Centre de Connaissances pour l’Agriculture Biologique et l’Agroécologie en Afrique (CCAB), a été pour lui un succès, avec des questions pertinentes du public présent, prouvant l’intérêt des paysans pour sa démarche.

Le Révérend Nlend Nlend ne cache pas les difficultés, comme le travail fastidieux de mise en sachet et d’arrosage de la pépinière. Mais sa plus grande satisfaction, c’est de voir « ses plants monter, grandir sans produits chimiques » avec des feuilles vertes et une taille normale. Ce simple fait est la plus belle preuve de la réussite de sa transition agroécologique.

Si les politiques agricoles pouvaient être modifiées, il souhaiterait une chose avant tout: l’abandon des intrants chimiques au profit des pratiques culturales naturelles issues de l’agroécologie.

En fin de compte, l’agriculture est pour lui un prolongement de la vie elle-même. Si le monde agricole révolte par ses difficultés d’écoulement des produits, il reste optimiste sur l’avenir de l’agroécologie. Il est convaincu que d’ici dix ans, si beaucoup l’adoptent, elle pourra « prendre l’envol ». Il se voit lui-même, après avoir réussi son expérience sur un quart d’hectare, étendre sa cacaoyère à un, voire, deux hectares.

Le Révérend Nlend Nlend est un homme de foi et un visionnaire qui, au cœur de Ngock-Ba, bâtit pas à pas, un avenir plus vert, plus juste et plus durable.

Jean KANA