Pôle de Connaissances de l'Agriculture Biologique et Agroécologie en Afrique Centrale

Cameroun : De jeunes entrepreneurs agricoles bio à Bandjoun

L’exploitation agricole de Rufin Kamga et Fabiola Moguo à Kamgo par Bandjoun est tenue exclusivement avec des intrants naturels, laissant voir une végétation verdoyante de céréales et d’énormes pieds de bananier plantain.

La crasse observée à l’entrée de la parcelle montre que la fiente de poules vient d’être déposée sous les pieds de maïs, de piment, de macabo et de bananier plantain. Les larges feuilles vert-foncées des plantes font penser à un champ qui sort de jachère. Que non.
Ce terrain familial estimé à un demi-hectare, a été cultivé sans interruption depuis des lustres, tout comme la plupart des terres dans cette contrée du département du Koung-khi à l’Ouest du Cameroun. Mais ça ne produisait plus grand-chose.
Rufin Kamga et sa sœur Fabiola Moguo exploitent cette terre usée depuis que leur père la leur a léguée il y a trois ans. Après leur formation en agriculture biologique en 2019 au Centre Polyvalent de Formation (CPF) de Mbouo, le frère aîné et sa cadette ont décidé de redonner vie au sol de la ferme familiale.

Solutions naturelles

Chez ces deux entrepreneurs agropastoraux, c’est la recherche permanente de solutions naturelles pour réussir la production agricole de manière naturelle. Leurs pratiques s’adossent sur les protocoles de production biologique appris au CPF. Ils bousculent les préjugés et les pesanteurs pour imposer leur choix.
« Quand nous avons commencé à régénérer la terre avec le purin de Tithonia, c’était une grande curiosité pour les voisins et les passants. Certains se demandaient ce que nous voulions inventer à notre jeune âge. Sans compter les moqueries. Mais nous avons tenu bon» confie Rufin Kamga qui a décidé de frayer son chemin dans le secteur agricole bio. Sa fierté en 2022 est son champ de maïs verdoyant.
Sa cadette, du même bord, affirme : « Ça n’a pas été facile de produire du plantain biologique sur la terre de Kamgo. Certains plants ont été attaqués par une maladie qui séchait les feuilles avant maturité. Nous avons dû utiliser beaucoup de cendre de bois pour chasser les mouches blanches vectrices de maladies. Les plants déjà atteints ont été arrachés et détruits hors du champ. Aujourd’hui, nous ne déplorons plus d’attaque.» La main sur le cœur, Fabiola Moguo déclare : « Venez chez nous, même à l’improviste, vous ne trouverez jamais de trace de produits chimiques de synthèse dans notre exploitation ».
Les parents et certains voisins ont fini par tomber en admiration du savoir-faire de ces jeunes gens.
« La formation que j’ai reçue au CPF est 100% bio. Je m’en tiens à cela dans la conduite de mes activités agricoles et d’élevage de poules et de porcs » renchérit Rufin Kamga.
Les deux jeunes exploitants comptent des clients pour leurs produits dans la ville de Bafoussam située à 11 kilomètres de leur champ.
D’autres preneurs se recrutent parmi les clients du marché « Samedi vert » au CPF à Mbouo.

Marie Pauline Voufo